R. et N. sont au Zeitouna Bey

avril 26, 2012 § Poster un commentaire

Elles avaient décidé d’y passer la journée malgré les réticences de N. qui sentait la déception arriver. Elles en avaient quand même entendu de bonnes choses et le fait « qu’ELLES N’Y ÉTAIENT PAS ENCORE ALLÉES! » les ont poussés à s’habiller joli et à monter en voiture.

N: »-On est quand même super bien sapées pour une ballade sur la corniche…

R: -Je sais mais il paraît que ce n’est pas n’importe quelle corniche. Attend,  où est ce qu’on se gare c’est plein! Attend on dirait qu’il y’a un parking là bas, ah un valet, non mais ça ne va pas, ah le parking…sous-sol…ok. »

Après quinze minutes de tentative pour se garer,  elles réussissent quand même à se retrouver nez à nez avec la fameuse corniche.

N: « -Mon dieu mais qui se gare dans un parking aussi sophistiqué pour aller se balader?

R: – Arrête. Regarde ce que c’est beau! La mer, ce petit vent printanier de Beyrouth, ce ciel bleu, ce charme magique…

N: -Ces grands bateaux tape à l’oeil qui couvrent la mer…

R: – Moi je les trouve sublimes ces bateaux. Regarde ces belles personnes qui en descendent…Elles ont l’air…

N: De rien. »

Elles veulent s’arrêter pour un café mais entre vouloir et pouvoir… et bien il y a cette foule de beau monde. Elles finissent par s’installer dans l’un d’eux commandent deux cafés des plus simples, payent une fortune et s’en vont marcher.

Elles déambulent entre le bling et le beau où ça parade…

R: « – C’est en tout cas très propre, constate R.

N: – Avec de l’argent sale.

R: – Je suis d’accord mais apprécie au moins qu’il y ait enfin un lieu publique.

N: – Pas tout publique. »

Et elles s’arrêtent pour deux bouteilles d’eau qui ont sans honte triplées de prix.(Elles les ont gardées jusqu’à la maison, il n’y a pas de poubelles au Zeitouna…)

N: « -Tu sais pourquoi cet endroit s’appelle Zeitouna Bey?

R: -Non

N: – Ce quartier s’appelait « Hay el Zeitouné » et c’était le quartier des putains de Beyrouth.

R: -Hahaha! Ton sens du cynisme n’en perd pas une depuis qu’on est là.

N: -Ce n’est pas drôle, c’est vrai! On en parle dans West Beyrouth aussi, tu t’en souviens?

Et elles s’arrêtent. Pour un dessert qu’elles partagent. Une tarte au citron. Et un café pour R. qui malgré la mauvaise humeur contagieuse de N. , apprécie quand même le vent de la mer, et Beyrouth aussi belle.

Ce qui est très beau, et c’est ainsi dans tout Beyrouth, c’est que du Zeitouna Bey on voit cette partie de la ville telle qu’elle est vraiment: un contraste des plus exquis du monde. Et voila pourquoi Beyrouth restera ce qu’elle est, cette ville charmante au double jeu, à la double personnalité ( je suis indulgente quand je dis double…) et ses habitants qui tentent d’y trouver une place. On s’y plaint mais on l’aime. Même les touristes ont marre de cette phrase qu’on ne cesse de répéter en tentant à chaque fois de lui redonner un sens: on aime autant que l’on déteste cette ville. Du Zeytouna Bey se garent les bateaux des multimilliardaires, apparaissent le phoenicia, les tours glorieuses, se rebelle à tout jamais le St George et sa grande pancarte « Stop Solidere » et entre ce lisse et ce beau pointent timidement leur nez l’imposant et mystérieux Holiday Inn. Holiday Inn qui à l’image du Bourj el Murr, du Dôme…se font timides face à leurs  jeunes concurrents frais et pimpants.

R: « -Tu sais par contre, c’est comme si on était dans une prison dorée. Bien conservée, à l’abri de toute saleté visuelle, même Raouché, qui est à deux secondes d’ici, semble sur autre planète…Et puis tiens c’est relié au St. George…

N: -Tu m’as rappelé le St. Balech. Tu penses que Balech était un Saint ou c’était à l’époque en réaction au St. George que le Ya Balech fut appelé St. Balech?

R:-Oui!! Tu te souviens quand on étaient petites? On allait souvent au St. Balech avec nos grands parasols, les « thermos » et les « hasiré ». Si tout le monde allait encore à ces plages, elles seraient encore propres, et les gens partageraient le même espace naturel, peu importe leurs classes sociales. C’est dommage… c’est partout pareil…il y’a ceux qui peuvent se payer de belles plages toutes propres aux noms exotiques,  et puis ceux qui se tapent la saleté visuelle.

N.:-C’est vrai… Moi elle me manque la saleté visuelle de Raouché par exemple… Les zouzous qui s’essayent au vélo, qui draguent maladroitement sur leur rollers, qui s’improvisent des cercles de danse où ils se prennent pour les rois du hop hop, les vendeurs de foul, les habitués qu’on croisent, les gonzesses en short qui font leur jogging et les familles de dix qui viennent passer du bon temps. L’odeur du poisson, les mecs presqu’à poil sur les rochers se prenant pour Alain Dilone, les pêcheurs de tout âge. Les poètes disparus, les résistants des années 60, les touristes qui adorent. Le cafe d’à côté à 1000LL. Et la mer,  la mer,  la mer,  que tu vois, que tu respires. Beyrouth la vraie quoi.

R. au contraire aimait cet endroit. Ce qu’elle appréciait c’est le fait d’être sure que quand elle y va se sera toujours propre, les restaurants seront toujours bons. Elle recevra ce qu’elle prévoit et il  n’aura pas de zouzous pour jeter des « bzourat » par terre ni pour gonfler leur torse à son passage.

N: »- On passe quand même du bon temps ensemble!

R.: -Oui… mais je sens que la prochaine fois on va se séparer… tu vas aller à Raouché et moi au Zeitouna. C’est nul, même ça va diviser encore plus les gens.

N: « -Mais non. Allez viens on marche vers le parking  à cote des bateaux d’accord?  Pas des restos. Qui sait ptêtre qu’un beau gosse en descendra et te proposera un tour en mer comme jamais t’as rêvé. Et puis on n’a pas porté ces talons pour rien. A nos hommes riches et beaux!

R. sourit. Ça fait du bien de parader en talons sur cette corniche. C’est tout ce qu’elle mérite finalement…

R.: » Tiens c’est bizarre comment elle se dégrade au niveau du Saint George cette corniche. C’est fait exprès tu penses?

N: -On dirait que c’est encore un chantier, ce n’est pas fini… »

Elles arrivent au parking.

30 min pour en sortir.

They had decided to spend the day there, in spite of N.’s reticence. She felt the disappointment before she even got there. They had nevertheless heard good things  about it and the fact that  » THEY HAD NOT GONE YET!  » pushed them to wear nice cloths and go.

N: « We are very well dressed to have a walk on that corniche…

R: -I know but it happens to be a special one…Waits where do we park? It’s full.Valet parking? No way… Oh here it is, the parking. »
After fifteen minutes they found themselves walking in the famous corniche.
N: « My god but who parks in such a sophisticated parking to spend an hour walking?
R: – Stop complaining. Look how beautiful this is! The sea, this delicate Beyrouth’s spring wind, this blue sky, this magic charm…
N: – These large boats that cover the sea…
R: –  I find these boats romantic. Look at these people getting down from them they look like…
N:- Nothing.
They want to stop for a coffee but wanting to do something and being able to do it is so very different. They end up at one of the restaurants, order two simple coffees, pay a fortune and leave.
They wander around the bling and the beautiful where other parade…
R: « -At least it’s very clean.
N: -With dirty money.
R: – I agree but appreciate there’s at least a public space!
N: -It’s not that public.
And they stop for two bottles of water who shamelessly tripled the price. They held them till they arrived home (there are no trash cans in clean Zeitouna)
N: »- You know why this place is called Zeytouna Bey?
R. nods.
N. « -This district was called « Hay el Zeitoune » and it was the district of the whores of Beirut. 
R: – Hahaha! Your cynicism has not been lost since we got here!
N.- It’s not funny, it’s true! They also talk about it in West Beyrouth, remember?
And they stopped.  For a dessert they shared. A lemon tart. And a coffee for R. who in spite of the contagious bad mood of N., appreciated the wind of the sea. Beirut is beautiful. 
What’s very beautiful about this city is that from Zeitouna Bey one sees the city as it is for real… The most exquisite contrast of the world! And for this reason Beirut will remain forever what it is, this charming city with a double game, a double personality (I’m being lenient when I say double…) and its inhabitants who try hard to find a place in it. Even tourists had enough of this sentence that we don’t stop repeating,  endlessly trying to give it a new meaning: we love and hate our city. From Zeytouna Bey you see the boats of multimilliardaires, appears the Phoenicia, the glorious towers, forever stands the rebel St George and it’s large sign: « Stop Solidere! »and between the sleek  and the beautiful timidly hides the  imposing and mysterious Holiday In. Like Bourj El Murr, the Dome… they’re facing young fresh competitors.
R:  » -You know on the other hand, it’s seems like a gilded prison, far from  any visual dirtiness, even Raouché, which is two minutes far from here, seems to be on another planet…It’s connected to the St. George too…
N: -The way you said that reminded of the St. Balech! You think Balech was a Saint or it was called like that in reaction to the St.George? 
R:-Yes!! Remember when we where little? We used to go to the St. Balech with those big parasols, « thermos » and the « hasiré ». If everybody still went to those beaches, the shore would be cleaner, and people would share the same natural space weather they where rich or poor. It’s everywhere the same, there are those who pay those beautiful beaches with exotic names and those who get all the visual dirtiness.  
N:- I personally miss this « visual dirtiness »… The zouzous on their bicycles, trying to attract girls, they
improvise circles of dance and think they’re the masters of hip hop, the « fool »‘s salesman,  the people you’re used to see, the lady is mini-shorts doing her daily jogging, families of 10 going there to spend some time. The smell of fish, the almost naked guys bathing on the rocks thinking they’re Alain Dilone, fishermen of any age. The lost poets, the resistant of the sixties, the tourists that enjoy. The coffee for 1000LL. And the sea, the sea, the sea, that you see, which you can breathe. The true Beyrouth.
R. started to think. She liked this place. She appreciated the fact that every time she went there it was going to be clean, the restaurants will always be good. She will receive what she expects. There will be no zouzous to throw  » bzourat » on the floor or to flexing their chests with pride when she passed next to them. 
N: « We’re still spending good time together!
R.: -Yes… but next time i have a feeling we’re separating… You’ll go to Raouche and i’ll end up at the Zeitouna. All of this is still going to divide the people. N:-No way that’s not true! Come one let’s go back to the parking lot and walk next to the boats ok? No the restaurants. Who knows maybe a beautiful man will go down from there and takes you by the hand to show you the sea like you’ve never seen before! Plus we didn’t wear those heals for nothing! To our rich and beautiful men!
R. smiled. They walked as if on catwalk on the corniche …It’s the only thing that it deserves. They arrive at the parking.
30 minutes to make their way out. 

photos/pictures ©Rostom, 2012. 

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