Le recyclage? Mais bien sûr qu’à Beyrouth on s’y met!*

juin 1, 2011 § Poster un commentaire

*Je suis profondément désolée pour les optimistes qui y ont cru…

Un jour, une de mes voisines s’est exclamée : » j’en ai marre de toutes ces boites en cartons que je dois jeter sans jamais penser une seconde à comment ils vont être recyclés,  ou comment je peux les réutiliser. On est juste des êtres vivants de passage sur cette terre, il faut donc que le notre y soit des plus légers. »

Ceci est un fait. Evident et un peu léger peut- être. Mais vrai.

Ça nous a tous mis d’accord sur un fait : il faut agir.

On a alors commencé à trier nos poubelles oui, certes c’est un minuscule geste pour la survie de ce qui reste de notre pays (si ce de notre terre), mais il faut bien commencer quelque part…Nous avons réussi à faire ça dans nos maisons. Les enfants s’y se sont mis, ils ont en même temps appris les mots verre, plastique, composte (que le fils de ma voisine insiste encore à appeler compote)…

C’était amusant, ludique, important, un geste de solidarité mondiale, la terre respire, elle est heureuse, le pays n’est plus pollué, ça sent le bois, les forêts et le bonheur !

Et puis il ya eu le jour où les poubelles ont naturellement saturé. Chacun a décidé de prendre les siennes et les mettre à leur place dans les poubelles publiques. Or…

A ma connaissance, il y a peut être 3 poubelles à recycler dans tout Beyrouth. Non je n’exagère pas.

Mais la motivation est telle qu’on est prêts à rester bloquer 2h dans les bouchons pour les trouver. Et…miracle! On les voit soudain au loin, elles sont si propres qu’elles reluisent telles des étoiles.

Il faut entreprendre un long voyage pour atteindre les étoiles mais il faut en faire autant pour en finir avec les 3 gros sacs de déchêts qui sont dans le coffre de la voiture.

Car après avoir trouver les poubelles, il faut réaliser que le trou par lequel il faut jeter les déchets est aussi grand qu’une cannette de soda, il faut donc utiliser ses muscles, sa patience, son courage couronné de temps pour finir de décharger,  en 25 minutes les 25 grandes bouteilles d’eau qui remplissent un des 3 sacs qui sont dans le coffre…

Il faut aussi subir les klaxons de conducteurs enragés car vous bloquez la rue, la risée des gars qui passent à vos cotés en voyant une jeune demoiselle avec la main bloquée dans le trou de la poubelle «papier » et les moqueries des chauffeurs de service qui replacent votre situation  dans le ridicule en vous montrant à tel point il ya des problèmes plus importants que celui de ces malheureuses bouteilles.  Bref, une aventure que vous n’aimeriez pas tenter plus d’une fois…

On décide alors  que ce n’est pas très pratique. Mais des gens qui veulent changer le monde ne baissent pas les bras si facilement. Ma voisine a la merveilleuse idée d’appeler Sukleen pour leur dire de venir nous mettre une poubelle à recycler dans notre quartier. Mes voisins d’à côté, les seuls qui n’étaient pas très chauds depuis le départ (pourquoi se prendre la tête, on va jamais pouvoir changer les choses de toute façon, si on est les seuls a s’y mettre qu’est ce que ça va changer ???…) nous arrêtent dans note lancée en nous disant que de toute façon ils n’ont pas envie d’aider Sukleen dans un boulot qu’ils devraient faire eux-mêmes, plus la société est très corrompue vu qu’elle sous emploie ses employés, qu’ils ne sont pas prêts pour ce genre de manœuvre, et que de toute façon tout finira dans la montagne à poubelle ou dans la mer.

Bien sûr qu’on ne les a pas écoutés, on appelle Sukleen.

Ils répondent…

qu’ils ne peuvent rien faire pour nous.

Mais…mais…mais…. mais et comment on fait alors? Pas de réponse…

Aujourd’hui je ne sais toujours pas quoi faire de mes déchets recyclables. Ça me tue de devoir tout jeter dans le même sac poubelle. Ça me dégoute de sentir les relents de la montagne de poubelle, ça m’horrifie de penser à comment la conscience pour lutter pour un monde meilleur ne concerne que quelques personnes qu’on appellent les optimistes ou les illuminés.

Et puis quelques mois plus tard je tombe sur une brochure de Sukleen, que je ne peux pas, vu que je suis au Liban, prendre au serieux…

Bref, un de ces topos classiques sur le recyclage. Ils y ont bien sur émis avec soin tous les détails concernant la moyenne que prennent les produits pour se dégrader. Un petit exemple à titre indicatif:

Bouteilles en plastique: 1 million d’années

Verre: 1 million d’années

Les cannette en aluminium: 50 à 200 ans

Papier: 1 à 5 mois

Piles: 100 ans.

En plus ils ont le culot d’indiquer comment je dois disposer de ces produits pour qu’ils soient soigneusement recyclés par la suite.

Inutile de dire que ça fout les boule quand je vois à quoi ressemble ma poubelle aujourd’hui et malgré la brochure bien complète de Sukleen je sens que la nature aura hélas assez de boulot pour essayer d’éliminer tout ce qu’on lui fout sur son chemin avant que nos sociétés s’en occupent.

En espérant,  dis ma voisine, qu’elle s’y prenne sans se venger…

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