La disparition évidente de Demaville-ou comment le diable a séjourné chez moi.

mars 31, 2011 § Poster un commentaire

Oui il faut que je vous le confirme, il est passé, puis m’a kidnappé chez moi, et m’a franchement cassé les pieds. Oui je ne parle que du même, du seul qui aurait pu me faire un coup pareil, le diable en personne. Ne craignez pas de lui rapporter mes dires si jamais il passe chez vous car de toute façon je lui crache ses quatre vérités à chaque fois qu’il vient me rendre visite.

Tout a commencé, le lundi matin, par la visite du gars à qui je dois payer mon électricité.

Ce dernier a frappé, comme il se doit comme un malade, à ma porte, j’ai ouvert avec un sourire poli (étirement exagéré des muscles des lèvres vers l’extérieur). Il m’a rendu le même sourire en me tendant la facture. J’étais choquée du chiffre, vu que je paye aussi le manque d’électricité (oui le moteur/générateur), il a répondu par un haussement exagéré des épaules.

Quand j’ai fini de lui payer et qu’il a appelé l’ascenseur,  s’est produit ce que j’appelle un coup de fou de la vie. Le genre de choses qu’on ne calcule pas, qui arrive au hasard, qui rend la logique de l’existence ironique, qui immortalise une vérité dans l’air. L’électricité s’est coupée.

Du coup,  le gars à qui -je -dois-payer- l’électricité et moi nous nous posâmes cinq longues minutes à attendre le générateur de l’immeuble. Cinq très longues minutes, en silence, lourd le silence, le silence qui dévoile soudain tout… Lui regardant ses pieds puis moi,  puis moi tenant la porte puis regardant mes pieds…Puis le générateur s’est enfin allumé, l’électricité est revenue, il  a attendu qu’arrive l’ascenseur…Maladroitement il a ouvert la porte,  m’a jeté un « Bye Dimoizelle » et a disparu.

Au moment où je refermai la porte, soulagée que ce calvaire soit enfin terminé, on résonne délicatement à la porte. Franchement je me dis… Quelle journée horrible ! Et je pensais vrai car, une chaleur brulante me frappa le visage au moment où j’ouvrai la porte. Quand  je retrouvai mes esprits,  le diable était déjà dans mon salon, confortablement assis. A ses cotés une valise.

 » – S’ils cherchent encore à classer d’autres Arts dans le patrimoine immatériel de l’Unesco, ils devraient penser à ta façon de t’incruster  chez les gens… lui dis-je énervée.

– Toujours aussi accueillante, cracha-t-il.  J’ai fait un  long voyage, je suis fatigué et je devais m’assoir c’est tout.

– Mmm…

– Bon où veux-tu que je pose ma valise pour que tu ne sentes pas que j’envahis ton espace privé?

Mais quel ingrat ce diable,  j’y pensais sachant pertinemment bien qu’il lirait mes pensées.

– N’est ingrat que celui qui n’écoute pas la voix sage du diable.

Il ne me  manquait plus que ça. Je le hais.

– Ça va laisse tes valises ici, elles ne me dérangent pas tant que tu les reprends…

– D’accord mais elles vont  rester longtemps à cote de ta table… J’ai mon pyjama et quelques fumées de rechange dedans…  je vais en avoir besoin…

Je palis:

– Pourquoi tu penses… rester combien …de temps…chez moi?

– Le temps que j’arrive à te convaincre qu’il faut que tu changes ta façon de voir ta vie.

Ca y est j’ai compris, le diable me kidnappe. Oui il va cohabiter longtemps chez moi. Je sens que je vais m’évanouir. Je rentre dans la cuisine en silence et me sers d’un verre d’eau glacée.

Ce qui s’est passé durant le séjour du diable serait très long à vous raconter. En plus il n’aime pas l’idée que je raconte ma vie sur un blog, mais ça je m’en fous.

Tout ce que je peux vous dire pour l’instant c’est qu’il a de drôles de pyjamas,  très classiques, à carreaux. Il a l’air ridicule dedans mais selon ses dires s’il faut être bien habillé c’est quand on dort pour que s’il l’on meurt dans son sommeil qu’on soit présentable chez lui …

Il m’a étouffé de sa fumée pendant toute une semaine. M’a fait un compte rendu de ce qui se passe dans la région, dans le moindre détail ; on s’est longuement disputés sur le fait qu’il n’aime pas l’idée des manifs du Dimanche pour la laïcité. Il les trouve dénuées de sens profond, que se sont des paroles en l’air que personne  n’a pris la peine de définir avant de les lancer « gratuitement » et « présomptueusement » dans les rues.

Et il m’a dit que j’avais gravement vieilli et que c’était une raison de plus pour partir au plus vite d’ici. Il ne faut pas réfléchir à comment ça va s’arranger : tout ne dépendait pas du tout de mes efforts. Que si je voyageais je serai bien.

J’ai compris que le diable voulait que je parte pour lui laisser libre cours à son imagination et à ses actions ici… J’ai été claire : je ne lui laisserai pas l’ombre d’une possibilité pour manœuvrer en fumée, que j’aimais l’odeur du printemps à Beyrouth et seulement à Beyrouth et qu’il peut aller se faire foutre avant que je ne le mette à la porte.

On a passe deux semaines a se taper dessus, à boire des cafés en silence, à regarder les nouvelles, à s’étouffer de fumée.

Puis un jour je me suis réveillée:

« – Shou café?

Silence. Rien.

– Tu joues à cache cache avec  les anges, le diable?

Rien… Une légère brise rentra de mon balcon et inonda de sa fraicheur mon salon. Ça sentait délicieux le début du printemps a Beyrouth.

Le diable ce jour-là,  sans faire de chichis comme pendant tout son séjour est parti… Me laissant avec le gout amer de son passage. Je ne suis pas susceptible et je ne crois pas le diable mais c’est vrai que je vieillis vite dans ce pays.

On sonne alors à la porte. Le gars du générateur cette fois me tend la facture. Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer mais de toute façon  je n’avais pas un sous à lui filer. Je lui dis de revenir dans deux jours, il répond d’accord mais me prévient qu’à partir du mois prochain ils vont devoir rajouter 5$ à la facture mensuelle des générateurs.  Je ne sais pas quoi lui répondre. Si j’avais été en forme, je pense que je lui aurai mis un coup de poing.

Tout ce que je lui répondis :

« – Ok. Dis, maintenant c’est l’électricité ou le moteur ?

Il me répond c’est l’électricité en prenant la porte de l’ascenseur.

 

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Qu’est-ce que ceci ?

Vous lisez actuellement La disparition évidente de Demaville-ou comment le diable a séjourné chez moi. à Demaville's Blog.

Méta

%d blogueurs aiment cette page :