LE salon

mars 10, 2010 § Poster un commentaire

R. et N. s’ennuyaient a s’en crever le coeur a la maison. Rien a la tele et les DVD qu’elles avaient soigneusement choisis par dizaine s’etaient envoles en fumee; entre elles le courant ne passait plus tant l’ennui leur avait vole la vedette. Et le silence pesant bougeait lourdement entre les fauteuils, la table et les vitrines bourres de « fausseries ». Oui, elles etaient assises dans le SALON.

Elles se souvenaient que quand elles etaient petites ce salon etait la seule  piece de la maison  ou elles n’avaient pas le droit d’y mettre les pieds. Plein de fois R. et N. leur avaient demande pourquoi diantre ne le leur permettaient pas et la reponse etait claire: le salon devait rester propre… et reserver aux invites. Cet endroit, elles n’avaient jamais reussi a l’apprivoiser tant il etait formellement interdit d’y entrer; il devenait de plus en plus etranger au fur et a mesure qu’elles grandissaient. Elles en oubliaient meme l’existence. Mais quand les invites etaient a la maison c’etait pareil au Nouvel An! Elles se sentaient libres d’y faire ce qu’elles veulent.

Le salon  c’etait la piece interdite, celle qu’on decouvrait avec des yeux emerveilles quand les rares invites y etaient cordialement acceuillis, on se faufilait avec eux, essayait les assises et la piece semblait si grande et belle. Et lumineuse aussi tant les cristaux de la vitrine jouaient avec les couleurs. Les parents eux, declaraient la guerre a la maison si quelqu’un osait froler la ligne de demarcation entre le corridor et le salon!

Mais un jour c’est arrive : les invites se firent rares, et  le mystere du salon disparut au fil du temps.

Dernierement, les parents n’avaient plus la meme energie pour se tenir au front. N. avait ete choquee la premiere. Une  fois que courageusement elle reussit l’exploit de franchir le seuil de la piece interdite. Elle avait tout prevu, techniques pour divertir l’ennemi, l’amadouer, le mettre en confiance. Mais facilement elle reussit le coup. C’est pas grave, se dit-elle l’ennemi est intelligent, il ne faut pas dormir sur sa victoire. Bientot les lourdes represailles allaient tomber, les sanctions, et N. en rigolera encore comme elle le faisait quand elle etait gamine. Mais pas  de represailles,  uniquement la terrorisa, le son grincant de  l’indifference . Ses parents face a l’evenement n’avaient pas bouger d’un pouce. Ca l’avait rendue triste, emue a en mourir. Elle vint raconter la nouvelle a R.

N: » Ecoute j’ai quelque chose a te dire: tes parents…m’ont laisse mettre les pieds dans le salon.

R: Non! C’est pas vrai! Jure!

N. Si! Je ne pensais pas te le dire de but en blanc comme ca mais je n’ai pas pu trouver la version plus diplomatique pour te l’annoncer. »

R. sentait ses larmes se coincer dans ses yeux: »Uf! Mais c’est la cata! Bientot on va meme pouvoir se poser dans les fauteuils! »

N. n’avait plus de mots. Elle avait les yeux arques vers le bas. L’heure etait grave. R .essaya de se ressaisir.

R.: « Ecoute tu sais quoi! Si je ne me trompe pas je crois meme que c’est une excellente nouvelle! J’ai les pieds qui en marche sur le plafond de bonheur! (mouais….). Enfin on va pouvoir profiter du salon! Et tu sais quoi,  on va hausser un peu le temps et y ramener a boire!

Bon…c’est vrai… parfois les bons mots manquent au bon moment…

De toute maniere, voila ce qui s’en suivit.

Leurs parents dans leurs chambres ne se doutant de rien,  et elles setaient retrouve a frauder sans peine dans le salon.

Elles s’etaient assises sur les fauteuils, avaient regarde autour, tente de retrouver leurs yeux d’il ya dix ans. Mais, rien. Le vide…pas le silence qui tient le coeur en otage, non…celui bien vide qui se heurte dans les objets sans pouvoir les penetrer.

Devant les yeux de leur meres, elles y firent meme rentrer biscuits et jus d’orange. Elle ne broncha pas.

Et depuis ce jour ou elles reussirent sans grande peine, sans revolution aucune,sans resistance, sans avoir essaye de trouver  des techniques pour contrer l’adversaire, a se poser aussi facilement dans le  salon et pire encore avoir le droit d’y ramener a boire et a manger…tout sembla alors sans gout, sans interet et pronfondement triste. Les fauteuils etaient moins spacieux, la table du milieu etait finalement de tres mauvais gout , et les cristaux dans la vitrine archis-faux et archis-fades.

Et ce soir-la donc elles trainaient a la maison, au salon, qui a fini par s’extriquer et elles s’ennuyaient…et dans le fond elles se sentaient trahies. Et elles s’ennuyaient. A s’en crever le coeur.

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